Une boule de chagrin qui fait des allers-retours entre ma poitrine et ma gorge. Tantôt elle reste bloquée à l’intérieur, et ça
frissonne dedans moi. Et c’est tout gris, et c’est tout froid.
Tantôt elle fait tellement mal que mon corps la rejette, la laissant s’échapper par mes yeux pour caresser mes joues. Mais elle
revient.
Quel sentiment paradoxal, je voudrais qu’elle parte cette boule qui me fait pleurer. Mais je me sens exister quand elle me prend.
Je me sens vivre parce que ça me pique de partout. Je me dis que je suis bien là parce qu’il faut être là pour recevoir la douleur, parce que le corps prouve qu’il réagit, fidèle au
poste.
Alors je l’entretiens mon chagrin. Les chansons d’amour n’ont jamais autant servi. Elles savent si bien faire vibrer cette corde
qui titille les larmes.
Le sait-il, fameux chanteur, que ses notes lancinantes alimentent mon besoin de tristesse ? Quelle délivrance de goûter cette
eau salée qui termine sa route sur mes lèvres.
Ce sont les sanglots qui me sortent de mes rêves.
par mai-lan
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Je voudrais inventer des post-it faciaux:
Des post-it à coller sur son propre visage pour annoncer la couleur à nos interlocuteurs. Idéal pour ne pas avoir à parler quand on n’en a pas envie du
tout. Exquis pour voir l’expression de ceux qui nous interpellent, changer au gré des mots qui ornent notre front.
Quand par exemple, leurs bouches se ferment, car bien appliqués à respecter le «attention humeur massacrante» affiché fièrement entre nos yeux.
D’autres fois, un « je suis triste » permettra de susciter la compassion, au cas où notre simple mine de déterré ne suffira pas à signifier le mal-être qui nous pèse, et que, par
modestie, on aurait pas osé annoncer clairement notre chagrin.
Gribouiller un « embrasse-moi » sur un post-it facial juste avant un rendez-vous éviterait les minutes insoutenables de yeux dans les yeux indécis pendant lesquelles l’être désiré
cherche en lui/elle la force et le courage pour venir nous plaquer sa bouche impatiente.
Un post-it pour rappeler aux autres notre anniversaire, et que presque spontanément à la lecture de celui-ci, ils nous le souhaitent en nous voyant.
Des post-it pour dire les choses sans les dire vraiment, et surtout pour prévenir les gens. Ce serait bien non?
par mai-lan
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Ce serait
bien d'inventer un détecteur de fèves pour galettes des rois.
Il y aurait qu'un seul exemplaire, pour moi bien sûr, mais je veux bien le prêter un peu.
Il faudrait qu'il soit petit, discret, pour que pendant les repas de famille, personne ne puisse s'apercevoir de la supercherie.
Quel rêve d'être reine à chaque fois, comme désignée par le hasard et la chance. Quel délice de découvrir au milieu de la pate d'amande bien chaude, ce morceau de caillou blanc qui me glorifie
pour la journée.
Ensuite l'extraire avec fierté, le sucer comme un trophée, et l'exhiber aux yeux des autres, jaloux, qui n'auraient plus qu'à se forcer de macher leur part jusqu'au bout, avec une hâte qui
témoignerait de leur déception. Parce que manger de la galette sans avoir la fève, c'est comme ouvrir un carambar sans avoir l'histoire drôle. On est obligé de finir quand même.
Et la couronne, cerise de ce gâteau sans fruit, comment fait-elle pour être si laide et me ravir à ce point? Ce bout de carton rapidement peint en doré me rend Reine de papier, et pourtant
j'exhulte de plaisir à le porter.
Mais mon royaume se limite aux murs de mon salon, parce qu'il ne faudrait pas créer de nouvelles révolutions.
par mai-lan
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