Besoin de dormir.
Sous l’occupation de mes cernes, mes yeux diminuent au fur et à mesure. S’ils restent ouverts, c’est pour laisser l’espace minimum dont j’ai besoin pour entrevoir les
formes, les gens, et le trottoir qui avance sous mes pieds, et qui, à tout moment peut me tendre un piège. Car il est réveillé, lui.
Je fais semblant de lire mais je ne distingue que les courbes des lettres et c’est comme des taches noires sur du papier. Ce flou artistique me pousse à me battre encore
plus fort contre mon corps. Mes paupières prennent alors un élan pour se tirer vers le haut, mais l’ascension ne dure qu’un temps.
Au moindre geste, la fatigue prend du poids. Même respirer demander un effort, et pour parler c’est encore pire. Les mots qui sortent de ma bouche paresseuse n’arrivent pas
à atteindre l’oreille de mon interlocuteur, qui n’entend alors qu’une succession de sons inhumains.
Dans ces moments là, les moindres secondes de répit semblent être des miracles. Un moment de silence, et je profite de réfléchir dans mes mains pour dormir un peu. Une microseconde qui ne sauve
pas mais qui donne du courage. Je n’ai jamais autant réfléchi pendant un cours.
J’aurais du rester dans mon lit. Il fait froid et cela ne me revigore pas. Au contraire, réactif à la température ambiante, mon cerveau active mon être entier en mode
hibernation.
Il faudrait retourner dans mon lit. Mais rien qu’à l’idée qu’il faut marcher jusqu’à lui, le sommeil devient plus tolérant : un mur fera l’affaire pour juste poser ma
tête.
Il y a des gens qui ne semblent pas fatigués, quelle chance. Ils s’activent dans tous les sens, ils parlent fort, ils marchent vite. Que mangent-ils ces hercules du matin, si
frais, si vifs ?
Je crois qu’il faut que je me fasse à l’idée que chez moi, l’équilibre du corps se fait à l’horizontal. Alors rien que d’être debout, ce n’est pas
normal.
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