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 Dieu a dit: 
 
"tu aimeras ton prochain comme toi même",
c'est vrai.
Mais Dieu ou pas, j'ai horreur qu'on me tutoie,
et puis je préfère moi-même,
c'est pas de ma faute.

Pierre Desproges  

penelope
Samedi 26 janvier 2008







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par mai-lan
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Mercredi 16 janvier 2008

Elle lui dit je t’aime.

 

Ces mots qu’elle vient de murmurer, j’aurais voulu les dire. Voleuse de mots, je lui en couperais la langue pour qu’elle ne puisse plus parler. Pour qu’elle ne crache plus ces paroles qui auraient pu être de moi, aussi.

 


Elle est là, collée à lui comme si un centimètre plus loin sonnait la fin de leur couple.

 

C’est fou, les garçons et les filles qui s’aiment, aiment se serrer dans le métro. Même quand ils ont chacun un siège. Autant partager une place à deux, je voudrais leur dire.

 

 

 

Ils se bécotent, devant les yeux des gens serrés dans le métro. Mais nous autres, on n’est pas serré parce qu’on s’aime. Nous, on est serré parce qu’il y en a trop des amoureux égoïstes qui prennent deux sièges quand il ne leur en suffirait qu’un.

 

Et en plus d’être serré, on assiste à leurs longs baisers sous nos nez.

 

Ils sont juste assez près pour qu’on entende bien le bruit de leurs bouches agglutinées. Assez près pour qu’on puisse s’imaginer tout même si on détourne les yeux. Pour qu’on croit presque que c’est à nous que ça arrive. Ah non, c’est pas à nous en fait.

 

 

 

Ils sont là avec leurs sourires sans fautes. Et moi, personne ne corrige mes fautes d’orthographe dans le métro. Quand je suis serrée aux gens et que je ne sais plus rien épeler, pas même un sourire.

 

 

 

Elle lui dit plein de mots dans l’oreille. Plein de mots d’amoureux. Et là, comble du comble, après avoir étalé sa vie conjugale au milieu de la foule, les mots qu’elle lui dit dans l’oreille, on ne les entend pas.

 

Fallait choisir, soit tout cacher, soit tout montrer. Maintenant on veut savoir la suite.

 

Mais est-ce que ça vaut le coup de savoir ? Ce sont tous les mêmes les mots d’amoureux qui sont dit dans l’oreille. Ils se récitent mutuellement la liste complète de tous les synonymes du mot je t’aime. Ils radotent au fond.

 

 

 

Elle affiche son bonheur comme une gifle qui claque sur ma joue.

 

Une gifle que je ne peux rendre à personne, car mon bonheur ne leur fait pas mal à eux. Il est trop fragile pour être envié.

 

 

 

Je devrais ignorer cette histoire où je ne suis pas actrice. Leur laisser les répliques parce que mes commentaires acides ne les atteignent pas. Ils sont là, dans le métro, tous ces couples qui s’aiment.

 

 

 

Moi aussi je peux dire je t’aime d’abord.

par mai-lan publié dans : Je prose communauté : Au fil des mots
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Jeudi 10 janvier 2008

Mes doigts s’enfoncent lentement dans les touches comme pour apprécier dans tout son souffle chaque son qui sort. Et le bois laqué se met à susurrer des notes. Quelle magie.

Mes doigts déambulent pour trouver au hasard une mélodie.

Ils essaient de composer la chanson que ma tête voudrait entendre. Et mon piano pendant ces minutes longues devient mon amant tendre.

Il se laisse apprivoiser, il m’offre le plaisir que je cherche dans ses entrailles. Un peu de sérénité. Une série de tâtonnements hésitants, et les arpèges attendus tombent enfin et satisfont mes oreilles comme des pièces de puzzle qui s’emboîtent parfaitement. Il faut croire que la musique se construit pour s’accorder au corps.

Mes doigts s’amusent à galoper avec frénésie, mes doigts courent d’une octave à l’autre. Il est mien, il chante pour moi. Il s’appelle Piano et il ne me quitte pas. Fidèle à lui-même il dit Do là où il faut, il dit Ré et Mi et Fa partout où l’on s’y attend. Il ne se trompe pas, il ne me trompe pas.

 

Il n’y a plus rien qui compte autour. Ou alors justement tout compte encore plus. Tout résonne dans le ventre de mon instrument compagnon. Si j’ai mal, il pleure pour moi, et les bémols sont là pour faire écho à mes émotions. Et quand j’ai rire, quand j’ai bien, quand j’ai chaud, les accords parfaits éclatent pour immerger ma maison.


Il parle à ma place
mon piano. Il parle aux autres. Je les laisse écouter parce qu’au fond ils ne sauront jamais. Je fais passer ça sous le coup de la musique, et alors mes monologues existentiels n’apparaissent plus comme tels.

 

Mon Piano, mon trésor. 

Il m’a vu arriver avec mes doigts marteaux. Mes mains de petite fille qui voyait tout en grand, en fort. Trop fort même. Mal aux oreilles.  
Mais maman dit que j’ai des mains de pianiste. Je continue de frapper les touches, j’ai l’alibi d’artiste.

par mai-lan publié dans : Je prose communauté : L'âme du poète
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