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 Dieu a dit: 
 
"tu aimeras ton prochain comme toi même",
c'est vrai.
Mais Dieu ou pas, j'ai horreur qu'on me tutoie,
et puis je préfère moi-même,
c'est pas de ma faute.

Pierre Desproges  
Jeudi 10 janvier 2008 4 10 /01 /Jan /2008 02:32

Mes doigts s’enfoncent lentement dans les touches comme pour apprécier dans tout son souffle chaque son qui sort. Et le bois laqué se met à susurrer des notes. Quelle magie.

Mes doigts déambulent pour trouver au hasard une mélodie.

Ils essaient de composer la chanson que ma tête voudrait entendre. Et mon piano pendant ces minutes longues devient mon amant tendre.

Il se laisse apprivoiser, il m’offre le plaisir que je cherche dans ses entrailles. Un peu de sérénité. Une série de tâtonnements hésitants, et les arpèges attendus tombent enfin et satisfont mes oreilles comme des pièces de puzzle qui s’emboîtent parfaitement. Il faut croire que la musique se construit pour s’accorder au corps.

Mes doigts s’amusent à galoper avec frénésie, mes doigts courent d’une octave à l’autre. Il est mien, il chante pour moi. Il s’appelle Piano et il ne me quitte pas. Fidèle à lui-même il dit Do là où il faut, il dit Ré et Mi et Fa partout où l’on s’y attend. Il ne se trompe pas, il ne me trompe pas.

 

Il n’y a plus rien qui compte autour. Ou alors justement tout compte encore plus. Tout résonne dans le ventre de mon instrument compagnon. Si j’ai mal, il pleure pour moi, et les bémols sont là pour faire écho à mes émotions. Et quand j’ai rire, quand j’ai bien, quand j’ai chaud, les accords parfaits éclatent pour immerger ma maison.


Il parle à ma place
mon piano. Il parle aux autres. Je les laisse écouter parce qu’au fond ils ne sauront jamais. Je fais passer ça sous le coup de la musique, et alors mes monologues existentiels n’apparaissent plus comme tels.

 

Mon Piano, mon trésor. 

Il m’a vu arriver avec mes doigts marteaux. Mes mains de petite fille qui voyait tout en grand, en fort. Trop fort même. Mal aux oreilles.  
Mais maman dit que j’ai des mains de pianiste. Je continue de frapper les touches, j’ai l’alibi d’artiste.

Par mai-lan - Publié dans : Je prose - Communauté : L'âme du poète
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Lundi 7 janvier 2008 1 07 /01 /Jan /2008 18:01


Je serai grande un jour.
 

Je serai une adulte et je mentirai sur mon âge. Et quand on m’appellera Mademoiselle, je sourirai intérieurement en me disant « ah s’il savait que je suis une Madame en vrai». Et je continuerai à marcher gaiement, la tête haute d’avoir su camoufler avec talent ma vieillitude angoissante. Bien sûr je jouerai à faire la jeune, je sourirai comme si je m’attendais à beaucoup de miracles dans la vie, comme si une aventure se dissimulait à chaque coin de rue. J’essaierai d’être insouciante et de ne pas avoir peur des inconnus qui me bousculeront, je ferai semblant d’avoir encore plein de rêves en tête. Ou peut-être que j’en aurai encore, ce serait bien.

Je boirai du café. Et je ne ferai pas la grimace en l’avalant. Pire, je passerai mon nez délicatement au dessus de la tasse, je fermerai les yeux, et je dirai que ça sent bon. En fin de repas au restaurant, je pourrai lever le doigt avec nonchalance quand le serveur demandera qui veut un café. Je ferai un « haaaaa » de délectation après avoir bu la première gorgée, et je tournerai la cuillère dans la tasse comme tous les autres adultes à ma table.

Il y aura du silence, comme dans tous les repas de grands. Seules les petites cuillères cognant le bord des tasses animeront les minutes de réflexion.
Quand on est adulte et qu’on est à table, il y a toujours un moment, après l’euphorie des conversations sans fin sur la hausse de l’immobilier ou sur la situation économique au Zimbabwe, où les gens ne disent plus rien. Quelques minutes de silence où chacun réfléchit à un nouveau sujet de conversation. 

Je boirai même du vin. Du vrai vin, du rouge, du blanc, du rosé. J’aurai la même technique que pour le café, je ferai comme si je m’y connaissais. Comme si j’étais une grande depuis déjà longtemps et que « le vin, ça me connaît ». Je demanderai « il a quel âge ? », j’ajouterai « il est très fruité », et je ferai semblant d’être concentrée pour finir mon verre. Les grands aiment bien avoir une tête concentrée pour tout ce qu’ils font, pour montrer que quand t’es adulte tu te concentre parce que la vie c’est pas de la rigolade.

Dans la rue, je marcherai super vite. Je serai tout le temps pressée, parce que quand t’es vieille faut pas traîner. Après c’est la mort.
(Je regarderai aussi souvent l’heure, pour la même raison expliquée avant. Une question de temps.)
Je marcherai sans regarder les gens autour, parce que ce sera pas mes amis les gens dans la rue. J’aurai déjà plein d’amis qui m’enverront des cartes de vœux, des faire-part de naissance, et plein d’autres trucs de grands. Alors pas besoin de me faire d’autres amis. Ou peut-être les collègues de travail.
Et je dirai à mon mari – parce que j’aurai un mari, les grands ça se marient- « chéri je dîne avec mes collègues de boulot ce soir ».

J’aurai plein de courrier dans ma boîte aux lettres. La poste, les impôts, le loyer, la banque, tout le monde voudra m’écrire. Tous ces trucs qui me concernaient pas quand j’étais pas adulte, ça m’arrivera à moi. Je prendrai le gros tas d’enveloppes en rentrant du boulot, et je le poserai sur la table du salon sans les ouvrir tout de suite. Parce que je serai pas pressée de savoir ce que la banque veut me raconter.

Je râlerai dans les embouteillages. Je mettrai la radio super fort pour me décontracter, et puis quand j’en aurai vraiment marre, je baisserai le volume pour qu’on puisse m’entendre crier sur les automobilistes « qui savent pas conduire, ces paysans. ». Je pourrai klaxonner pendant très longtemps, parce que je serai une grande donc j’aurai droit.

J’irai au musée, je lirai pleins de livres à la mode et très intelligents, pour trouver des sujets de conversation pour les prochains repas lorsque ce sera le moment de silence en même temps que le café.

Je serai sérieuse. Je me retiendrai de rire quand quelqu’un glisse dans une flaque d’eau dans la rue. Je dirai souvent que ce n’est pas raisonnable pour m’empêcher de faire des choses que j’aurai fait si j’étais plus jeune, mais que là, je suis grande ça se fait pas.

 
Et je serai nostalgique.
Je penserai à tout ce qui était bien d’être pas adulte. Je commencerai mes phrases par « à l’époque », et je raconterai mes anecdotes avec un sourire un peu triste.

 

Je serai grande un jour, c’est promis. Mais pas tout de suite s’il vous plaît.

Par mai-lan - Publié dans : Je prose - Communauté : L'âme du poète
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Dimanche 30 décembre 2007 7 30 /12 /Déc /2007 21:55

Faut croire que les hommes aiment les phrases qui sonnent. Mais quand on ouvre la porte, il n’y a plus personne. Quelle publicité mensongère. Vous vous croyez tout puissants parce qu’on ne dit rien. Vous nous faites mâcher en silence votre baratin.

 

Mais détrompez-vous espèce ennemie, notre silence n’est pas crédulité mais résignation :

 

car la puissance n’est pas souvent aussi grande que votre tour d’illusion...

 

 

 

La vérité a rendu ses armes dans vos bouches.

 

Vous vomissez des mots qui ne sont que des attrapes mouches. Et nous, pauvres idiotes attirées par la merde, on parfume de nos rêves vos promesses au rabais.

 

 

 

Monsieur a l’attirail du parfait gentleman. Monsieur sait te dire tout ce que tu veux entendre. Il joue au Ken à barbe pour te mener en bateau. Et toi dans ses filets, t’arrives à le trouver beau.

 

Et Monsieur son copain, a la même technique. Et Monsieur le nouveau n’en est pas loin non plus. 
Tu te rends compte à la fin, qu’aucun n’est mieux que l’autre. 
Ils ont tous le même venin au bout de la langue. Ces marchands de poissons qui savent si bien se vendre.

 

 

Par mai-lan - Publié dans : Je prose - Communauté : Au fil des mots
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