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 Dieu a dit: 
 
"tu aimeras ton prochain comme toi même",
c'est vrai.
Mais Dieu ou pas, j'ai horreur qu'on me tutoie,
et puis je préfère moi-même,
c'est pas de ma faute.

Pierre Desproges  

penelope
Mercredi 30 janvier 2008

Papa me dit que je n’arrive pas écrire à la troisième personne.

 

Il paraît que c’est celle qui pourrait être là mais qui n’est pas moi. Pourquoi devrais- je lui parler alors si je ne la connais pas. Faut-il l’inventer ?

 

 Il faudrait commencer par Elle, ou bien Il. Ça, facile.

 

Mais d’autres prétendent qu’il faut que je raconte sa vie. Et pas la mienne. Que je suis sensée connaître ses humeurs. Qui ne sont pas mes humeurs. Quelle bizarrerie : Et moi, je m’écris quand dans ce totalitarisme romanesque ?

 

 
Je ne l’ai jamais trop aimé cette troisième personne. Elle ne se laisse pas apprivoiser. J’ai tenté maintes fois de la mettre dans mes histoires.
Je lui ai trouvé des aventures nouvelles. Des aventures que moi-même je n’avais pas la chance de connaître. Mais quelle ingrate, elle ne continue pas. Elle me laisse reprendre le devant de la scène toute seule. Alors je suis obligée de parler de moi. Pour combler le vide.

 

Ou peut-être que c’est moi qui ne veut pas qu’elle continue. Parce qu’au fond je ne voudrais pas lui faire vivre ce que moi je n’ai pas vécu.
Chacun pour soi, elle a qu’à s’écrire à la première personne elle-même. Moi d’abord, je ne suis la troisième personne de personne. Je suis obligée de me raconter toute seule. On n’imagine rien pour moi.

 

 

 

Alors oui c’est vrai, je n’écris jamais à la troisième personne. Ou bien pour de faux.
Je la laisse être sujet de mes phrases mais pas de mes textes. Je lui fais vivre tous mes chagrins d’amour. Désolé ma belle. Fallait pas être ma troisième personne. Celle qui est là, et qui sera toujours un peu moi.

par mai-lan publié dans : Je prose communauté : Au fil des mots
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Samedi 26 janvier 2008







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par mai-lan
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Mercredi 16 janvier 2008

Elle lui dit je t’aime.

 

Ces mots qu’elle vient de murmurer, j’aurais voulu les dire. Voleuse de mots, je lui en couperais la langue pour qu’elle ne puisse plus parler. Pour qu’elle ne crache plus ces paroles qui auraient pu être de moi, aussi.

 


Elle est là, collée à lui comme si un centimètre plus loin sonnait la fin de leur couple.

 

C’est fou, les garçons et les filles qui s’aiment, aiment se serrer dans le métro. Même quand ils ont chacun un siège. Autant partager une place à deux, je voudrais leur dire.

 

 

 

Ils se bécotent, devant les yeux des gens serrés dans le métro. Mais nous autres, on n’est pas serré parce qu’on s’aime. Nous, on est serré parce qu’il y en a trop des amoureux égoïstes qui prennent deux sièges quand il ne leur en suffirait qu’un.

 

Et en plus d’être serré, on assiste à leurs longs baisers sous nos nez.

 

Ils sont juste assez près pour qu’on entende bien le bruit de leurs bouches agglutinées. Assez près pour qu’on puisse s’imaginer tout même si on détourne les yeux. Pour qu’on croit presque que c’est à nous que ça arrive. Ah non, c’est pas à nous en fait.

 

 

 

Ils sont là avec leurs sourires sans fautes. Et moi, personne ne corrige mes fautes d’orthographe dans le métro. Quand je suis serrée aux gens et que je ne sais plus rien épeler, pas même un sourire.

 

 

 

Elle lui dit plein de mots dans l’oreille. Plein de mots d’amoureux. Et là, comble du comble, après avoir étalé sa vie conjugale au milieu de la foule, les mots qu’elle lui dit dans l’oreille, on ne les entend pas.

 

Fallait choisir, soit tout cacher, soit tout montrer. Maintenant on veut savoir la suite.

 

Mais est-ce que ça vaut le coup de savoir ? Ce sont tous les mêmes les mots d’amoureux qui sont dit dans l’oreille. Ils se récitent mutuellement la liste complète de tous les synonymes du mot je t’aime. Ils radotent au fond.

 

 

 

Elle affiche son bonheur comme une gifle qui claque sur ma joue.

 

Une gifle que je ne peux rendre à personne, car mon bonheur ne leur fait pas mal à eux. Il est trop fragile pour être envié.

 

 

 

Je devrais ignorer cette histoire où je ne suis pas actrice. Leur laisser les répliques parce que mes commentaires acides ne les atteignent pas. Ils sont là, dans le métro, tous ces couples qui s’aiment.

 

 

 

Moi aussi je peux dire je t’aime d’abord.

par mai-lan publié dans : Je prose communauté : Au fil des mots
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